Harold en Suède ou petit aperçu sur les structures suédoises d'aide aux enfants handicapés et à leurs familles
Harold a 6 ans, il est le troisième de nos quatre enfants et est porteur du syndrome de Williams. Après trois années passées à Stockholm, je me propose de rapporter ici notre expérience d'intégration d'Harold dans le système scolaire suédois. Vous trouverez aussi quelques informations générales sur l'accueil de la petite enfance et l'organisation de l'enseignement primaire en Suède, ainsi que sur l'aide apportée aux enfants handicapés. C'est à partir de notre expérience, de celles de familles amies suédoises et grâce à différents contacts avec des professionnels de la petite enfance que ces informations ont été rassemblées.
Comme vous allez le découvrir, le système suédois est remarquable à plus d'un point. Il est accessible à toute personne domiciliée dans une commune suédoise et donc en possession d'un " personnummer ", numéro personnel d'identité qui ouvre toutes les portes en Suède : banque, soins de santé, scolarité, pension...
Le Habiliteringscenter
A la naissance d'un enfant porteur d'un handicap, outre l'aide médicale délivrée le plus souvent dans des hôpitaux, les familles bénéficient de l'assistance d'un centre paramédical, le Habiliteringscenter, responsable pour plusieurs communes et où travaillent des psychologues, assistants sociaux, orthophonistes, pédagogues spécialisés, kinésithérapeutes et ergothérapeutes. Ce personnel qui travaille en équipe pluridisciplinaire, peut être consulté sur rendez-vous. La personne qui suit plus particulièrement votre enfant, se rend également sur demande dans la crèche, garderie ou l'école afin d'apporter aide et conseils aux personnes qui s'occupent de l'enfant. Des séances collectives de gymnastique y sont organisées ainsi que des conférences pour les parents et le personnel enseignant. On y dispense également des formations et des cours, par exemple la méthode gestuelle pour les parents désireux de communiquer avec leur enfant ayant un retard de langage.
Tous ces services sont gratuits et le personnel est compétent mais bien souvent il faut attendre un certain temps avant d'avoir un rendez-vous ou une place pour participer à des séances de gymnastique ou d'hippothérapie. Si les parents ne parlent pas suédois, ce qui notre cas, le centre peut demander la participation lors du rendez- vous, d'un interprète, ce qui facilite grandement les choses. Ce centre fonctionne selon le calendrier scolaire et les personnes ne sont pas accessibles toute l'année.
C'est au centre que se font les bilans qui permettent l'orientation scolaire de l'enfant. La psychologue et les parents cherchent ensemble le type d'enseignement le plus approprié pour l'enfant. On vous propose une liste des écoles et l'on aide éventuellement les parents dans leurs démarches d'inscription. Le centre suit l'enfant jusqu'à l'âge de 21 ans.
Le dagis
Le congé de maternité est de 12 mois en Suède. A l'âge d'un an, l'enfant peut entrer au dagis, l'équivalent de la crèche en Belgique ou en France. Il y en a plusieurs dans chaque commune, certaines mieux que les autres ont une liste d'attente d'un an. On y pratique une pédagogie où l'accent est mis sur le respect du rythme de l'enfant, la socialisation et les jeux libres. En général, il y a trois groupes d'âge (le nombre varie suivant l'âge) : 12 enfants dans le 1er groupe des 1 à 2 ans 1/2 et 4 puéricultrices, 17 enfants dans le groupe des moyens de 2 ans 1/2 à 5 ans avec 3 puéricultrices et 23 enfants et 3 enseignants chez les grands qui peuvent rester au dagis jusqu'à l'âge de 7 ans. Certains dagis appliquent une pédagogie Montessori, très appréciée en Suède. Les enfants handicapés sont intégrés dans le dagis de leur quartier. Pas de permission à demander, la loi suédoise obligeant les dagis du réseau officiel à accueillir les enfants inscrits dans les communes, tous les enfants, même ceux présentant un handicap. Dans ce cas, le dagis reçoit le renfort d'une " personne ressource " qui aide l'enfant dans sa vie au sein de l'école. Cette personne s'occupe plus personnellement de l'enfant, l'aide à s'intégrer, à participer à la vie du groupe. Elle peut faire un travail personnalisé en fonction des besoins spécifiques de l'enfant, par exemple sur les conseils d'une orthophoniste ou d'une kinésithérapeute. Par sa présence, elle soulage l'équipe enseignante. En avril ou mai, un bilan de l'année écoulée est fait et l'on décide de la poursuite ou non de la scolarité de l'enfant au dagis. Si l'enfant progresse, il peut rester au dagis jusqu'à 6 ou 7 ans.
Si le handicap d'un enfant est trop lourd ou trop difficile à gérer pour le dagis, il existe des dagis spécialisés. Mais la politique générale en Suède est d'intégrer l'enfant parmi les autres le plus longtemps possible.
L'école primaire et l'enseignement intégré
A l'âge de 6 ans, le petit Suédois, soit reste une dernière année au dagis, soit fréquente une classe dite " zéro " organisée par un établissement d'enseignement primaire. A 7 ans, il commence l'école primaire.
Les enfants avec un handicap peuvent aller soit en classe 0 toujours accompagnés d'une assistante personnelle ou soit dans une petite classe spécialement créée pour eux (4 ou 5 enfants pour 3 enseignants) où les apprentissages sont individualisés. Ces enfants vivent dans l'école au même rythme que les autres enfants, partagent la même cour de récréation, la salle de jeux, le réfectoire, les fêtes, etc.…
L'école d'Harold ou l'enseignement spécial non intégré
Après une année peu convaincante au dagis de notre quartier, nous avons cherché pour Harold une école plus adaptée à ses besoins. Nous n'avons pas eu beaucoup le choix mais heureusement, nous avons été très bien accueillis par la direction d'une petite école qui s'ouvrait et qui nous a semblé bien convenir à notre fils. Elle se situe à 25 km de la maison et heureusement depuis cette rentrée scolaire, nous pouvons bénéficier du transport gratuit (aller-retour quotidien) en taxi offert par les communes à tous les enfants handicapés en âge scolaire.
Cette école que nous appelons en famille "la petite école jaune ", comporte deux classes de niveaux différents : la classe des petits avec 4 enfants de 4 à 5 ans et la classe des grands avec 4 enfants de 6 à 8 ans. Huit personnes travaillent tous les jours avec les enfants ; deux sont institutrices spécialisées, certaines sont puéricultrices, d'autres ont une longue expérience avec les enfants handicapés.
Harold, avec l'aide de Béatrice, sa " personne ressource " qui parle français et suédois, participe à toutes les activités de l'école. Voici une journée-type :
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8h30 à 9h :
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Arrivée et samling (réunion) avec les enfants de la classe
: calendrier, météo, les absents, programme de la journée
et faits divers… |
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9h à 10h :
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Séance de travail individuel : dans un petit local, chaque
enfant travaille selon ses compétences avec sa personne ressource
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10h à 10h30 :
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Promenade et découverte de la nature |
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10h30 à11h 30 :
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Séance de musique, ou gymnastique, ou massage, ou aide à la
cuisine, jeux libres ou jeux à deux |
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11h30 :
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Repas chaud |
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12h :
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Rangement de la cuisine et repos |
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12h 30 à 14h :
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Séance de travail collectif en groupe d'âge, puis puzzle,
ou ordinateur, ou jardinage, ou peinture et bricolage, ou
plaine de jeux… |
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14h30 :
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Départ |
Tous les jours, entre l'école et la maison, circule un cahier de communication où sont notés le contenu de la séance de travail, l'humeur d'Harold, le menu du repas et les petites nouvelles de l'école. Les enfants vont une fois par semaine à la piscine et une fois par mois à la bibliothèque de la commune.
Cette école est ouverte toute l'année sauf entre Noël et Nouvel An et durant 4 semaines en été.
Harold adore sa petite école jaune et progresse beaucoup grâce à cet enseignement personnalisé, même s'il passe plusieurs heures par jour dans un bain linguistique différent du sien.
Le coût mensuel de cette scolarité est calculé en fonction de nos revenus et est de 1.800 couronnes suédoises soit environ 1.400 francs français ou 210 euros.
Une fois par mois, Harold a une séance d'orthophonie privée et chaque semaine, il suit un cours d'initiation aux techniques du cirque au Lycée français de Stockholm en compagnie d'autres enfants francophones. Le jeudi matin, il se rend avec Béatrice chez Isabelle, une musicothérapeute qui applique la méthode FMT (functionally oriented music therapy), sorte de kinésiologie par la musique, essentiellement par la pratique de percussions.
Les centres d'accueil et l'aide à domicile
Dans chaque commune, une assistante sociale s'occupe des familles avec enfants en difficulté. Cette personne, dans le cadre de la loi LSS, loi de soutien et de service aux handicapés, peut proposer aux familles une série de services en fonction de leurs besoins ; service de garde à domicile, allocation personnelle pour l'enfant, centre d'accueil pour les week-ends et les vacances, etc.…
Tous ces services, dispensés dans le cadre d'un contrat passé entre la famille et les différents intervenants, sont gratuits et à tout moment, les familles peuvent introduire de nouvelles demandes d'aide et renégocier leurs contrats.
Les
allocations familiales pour un enfant handicapé sont fonction de la gravité du handicap et s'élèvent en moyenne, d'après nos familles amies, à environ 7.000 couronnes suédoises par mois, c.-à-d. environ 5.300 francs français ou 785 euros.
Le service de
garde à domicile (sorte de baby-sitting) proposé par la commune est très apprécié par les familles. Il permet aux parents de souffler un peu, de s'occuper d'eux et de leurs autres enfants. La ou le baby-sitter peut être choisi par les parents et vient à la maison de 3 à 20 heures par semaine, la journée, le soir ou le week-end, selon les besoins de la famille.
Certains enfants fréquentent aussi
un centre d'accueil où les enfants peuvent rester une nuit, un week-end ou une semaine par mois, ou encore pendant une plus longue période de vacances. Pour chaque enfant, le contrat horaire est différent selon la demande des parents. Ceux-ci ne doivent payer que les frais de nourriture. Le centre que j'ai visité peut accueillir 4 enfants à la fois, chacun a sa chambre, et le personnel essaie de respecter au maximum les petites habitudes de l'enfant. Il s'agit donc d'un accueil à la carte !
Divers
En suède, la majorité des femmes travaillent. Outre le congé de maternité, qui est de 12 mois dont 1 mois doit être obligatoirement pris par le père, les parents ont droit à 60 jours de congé rémunérés par an pour les maladies de leurs enfants, à raison de 60 jours par enfant ! Bien sûr, les familles n'utilisent pas tout ce capital de congé mais dans le cas d'une hospitalisation prolongée d'un enfant, la mère (ou le père) peut prendre congé sans perdre son salaire ou son emploi.
En conclusion, le système scolaire et social suédois destiné aux enfants handicapés est particulièrement généreux. Il nous fait rêver à plus d'un titre, même si une certaine lourdeur et un caractère parfois trop bureaucratique sont à déplorer. Quoi qu'il en soit, il nous montre l'exemple sur plus d'un point. L'importance accordée à la famille, le respect du rythme des enfants, l'existence d'un véritable enseignement intégré sont, me semble-t-il, trois éléments clefs de la politique sociale suédoise à l'égard des enfants porteurs d'un handicap. Le modèle suédois en matière d'aide aux personnes handicapées et à leur famille peut certainement inspirer nos efforts et nos démarches visant à l'amélioration des services équivalents dispensés en Belgique et en France.
Bernadette Cuvelier